Ce blog est en pause pour une durée provisoire. Merci à tous mes aminautes qui ont suivi ce blog avec amitié et fidélité. Je ne vous oublie pas et reviendrai prochainement...

mercredi 6 février 2013

mondamoiseau, vous habitez chez vos parents ? chère mademoiselle, le secret de votre vie...




Hier, coup de fil d'une amie, furibonde... Dans un café chic, un homme au sourire insistant engage la conversation d'un maladroit : "madame ou mademoiselle ?". D'un ton suave, mon amie susurre : "un homme vierge ? ah très peu pour moi, cher damoiseau !"

J'ai beaucoup ri de l'humour de mon amie. Cette confusion ne m'arrive plus guère...le regretterais-je ? (sourire...). 

Je comprends aussi le courroux de mon amie car il semblerait que sur ce point les coutumes n'aient pas beaucoup changé depuis 30 ans, malgré la directive n° 5128 du 03 mars 1983 d'Yvette Roudy, alors ministre des droits de la femme qui dénonçait cette discrimination.

A ce sujet, un souvenir revient à ma mémoire. Je le partage avec vous...


Dans les années 75 - 80, jeune femme moderne et libre, je me souviens de ma rencontre avec une collègue sans âge, habillée de vêtements passe-murailles, petite souris au royaume des archives. Elle y avait été affectée du fait d'arrêts-maladie à répétition.
Elle s'appelait : mademoiselle P...T.
Elle avait ses petites manies dont chacun souriait avec une indulgence condescendante. Au self qu'on appelait cantine, elle passait d'assiette en assiette ramasser nos restes qu'elle glissait délicatement dans un petit sac : le repas de ses chats. On la regardait, vaguement gêné sans jamais lui parler vraiment. Elle était consciencieuse, couleur du temps qui passe, rasait les murs sans bruit.
Elle m'intriguait. On disait d'elle qu'elle était instruite, avait suivi un parcours universitaire mais on ne savait rien de sa vie. 

La mienne prit un tour nouveau. Amoureuse, je voulus devenir mère. Je n'étais pas mariée : on me donnait du "mademoiselle", terme qui seyait à ma jeunesse. Ma grossesse et mon bonheur de devenir mère me firent imposer à mon entourage professionnel et social le terme de "madame" suivie de mon patronyme de naissance. Chacun suivit ce choix et avec un sourire teinté d'humour je remis à sa juste place ceux qui par conformisme social ou par négligence oubliaient mon ventre rond et me donnaient du "mademoiselle".
Après la naissance de mes petites merveilles, ma sveltesse retrouvée et l'absence d'anneau à mon annulaire gauche autorisaient régulièrement le "mademoiselle" que je laissais dire avec le sourire quand cela me plaisait (un joli jeune damoiseau par exemple...sourire...) ou que je corrigeais par un "madame" lorsque la situation me paraissait l'imposer.

Je ne sais comment un jour, alors que j'étais enceinte de mon premier enfant, Mademoiselle P...t glissa vers des confidences qui me laissèrent pantoise. "Quelle chance avez-vous" me dit-elle "de pouvoir faire accepter votre grossesse avec cette simplicité. Autrefois, vous auriez été cachée." Une émotion la submergea. Le souffle court, la voix chuchotante, elle m'entraîna dans son univers de jeune fille bourgeoise sous la houlette de parents bien-pensants et puritains. La jouvencelle ne comprit pas comment elle "tomba" enceinte. Sa mère le lui apprit dans cette proximité de linge géré par le personnel de maison. Une chappe de silence momifia la parentèle de proximité et vite, vite, on envoya "la honteuse", "l'infamante" loin de la ville, dans cette campagne où les filles-mères accouchaient dans le secret. Le bébé fut confié à une nourrice et la mère reçut interdiction de tout contact avec son petit. Elle eut de ses nouvelles, de loin en loin. A la mort de ses parents, en toute discrétion, elle renoua avec son enfant. J'ai cru comprendre qu'elle l'hébergea pendant quelques temps. Plus tard, cet enfant, un damoiseau (...pour rester dans le sujet) s'éloigna de France, partit au Danemark, fonda une famille. De temps à autre, avec femme et enfants, il rendait visite à celle qui lui donna la vie et qui maintint, par un amour courageux et persévérant, ce fil ténu celé par des convenances implacables.

Mademoiselle P...T était mère. La bienséance de son milieu et de son époque ne lui permit jamais de devenir maman. Elle resta demoiselle tout le reste de sa vie dans un non-dit humiliant et cruel. Longtemps après, j'appris qu'elle s'en était allée, petite souris grise, sans que personne, hormis quelques initiés, ne sache rien de son destin singulier. 

(histoire extraite de mon ancien blog)

Cette histoire émouvante me revint en mémoire à l'occasion d'un énième combat mené par les féministes sur la suppression administrative et sociétale de ce terme de "mademoiselle".

"On cède d’abord sur les mots et puis peu à peu aussi sur la chose" disait Freud.

Alors que nos voisins européens, québécois, américains ont depuis longtemps laisser tomber en désuétude ce terme d'un autre âge, je suis vraiment déconcertée par la sclérose de la société française, cette maladie mortifère de l'immobilisme qui se joue et se rejoue sur bien des sujets aujourd'hui. Plus de 30 ans après la directive d'Yvette Roudy, la France continue à utiliser ce terme désuet. Les féministes et chiennes de garde ont obtenu une circulaire du 21 février 2012 par laquelle le Premier ministre enjoint les administrations d' éliminer autant que possible des formulaires administratifs et correspondances les termes "Mademoiselle", "nom de jeune fille", "nom patronymique", "nom d'épouse" et "nom d'époux" en leur substituant respectivement les termes "Madame", "nom de famille" et "nom d'usage".

La guerre sexiste n'est pas terminée puisque le député UMP-PDL Tollinchi a cru devoir introduire un recours en conseil d'Etat, heureusement rejeté par cette instance le 21 décembre dernier. Cet heureux homme ne déclare pas forfait puisqu'il a décidé de saisir la Cour Européenne des Droits de l'homme.

Et bien, monsieur le député, vous avez raison. Que diable ! savoir qu'une femme est non mariée est de la plus haute importance.  Alors dans le respect de la loi sur la discrimination sexuelle, je  vous propose  de modifier les formulaires administratifs ainsi:


Veuillez cocher la  bonne case  :

monsieur Π          mondamoiseau  Π
madame  Π          mademoiselle  Π


Monsieur le député, si d'aventure nous n'êtes pas marié, je vous imagine, à l'Assemblée Nationale, quand le président de cette éminente assemblée introduira votre intervention d'un :

"- mondamoiseau Tollinchi, vous avez la parole."

Cela aura de l'allure, non ? 
Bientôt trendy ?

11 commentaires:

  1. Etant plus "vieille" je ne m'effarouche pas du terme...jusqu'à disons l'adolescence, mais c'est le terme veuve et veuf des courriers qui me fait réagir, heureusement ce n'est pas mon cas mais je le prends à chaque fois comme une claque quand je le vois.
    les "filles-mères" c'est une époque car en y regardant de plus près jusqu'au début du XXè siècle mis à part une mini frange très très bourgeoise ou voulant se la jouer bourgeoise c'était assez fréquent.
    bonne journée MADAME ;-)

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  2. J'ai lu et j'ai suivi d'une oreille cette nouvelle directive et tout comme Josette cela ne m'a jamais formalisé, j'en ai même joué aussi parfois dans un sens comme dans l'autre d'ailleurs.

    Mademoiselle ou Madame, de nos jours, tout le monde peut succomber amoureusement parlant et aucun des deux ne donne plus un aval que l'autre.

    N'y a-t-il pas des choses plus importantes à régler dans la société française ?
    Bon retour sur la toile Madame Malou :)

    Bisous

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  3. Une fois on me dit Madame, un autre fois Mademoiselle, cela me plait... Les gens ont le tort de juger sur l'apparence, j'ai fait un stage sur le sujet, c'est fou comme on peut se tromper sur une personne.

    Gros bisous chère Malou, contete de lire tes mots à nouveau.

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  4. Tout récemment, mais je n'arrive pas à me rappeler où et quand (j'ai la mémoire qui flanche, j'me souviens plus très bien... (rire)), un homme m'a dit "Bonjour mademoiselle". J'ai souri mais je me suis dit que cela ne rimait à rien, cet homme a pensé me faire plaisir, mais bon, à mon âge, je n'ai plus vraiment l'allure d'une demoiselle... (sourire)
    Par contre, ce qui m'énervait, c'est lorsque ma maman était en maison de retraite, en mapad en vérité, et que l'infirmier lui disait : "Alors, mademoiselle, comment allez-vous aujourd'hui ?", comme s'il s'adressait à une jeune fille, j'ai toujours trouvé cela "bête" ! Ma mère n'avait plus toute sa tête, mais était-ce une raison pour lui parler ainsi ? Bon, c'est un peu hors sujet, mais ce souvenir m'est revenu, tout en écrivant.
    J'espère que tu vas mieux, Malou, et je t'envoie tout plein de doux bisous.

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  5. J'aime beaucoup cet humour pour ce débarrasser d'un importun! J'ai bien envie de le recaser quelque part...

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  6. Pour ma part, je me battrai davantage pour des droits égaux dans tous les domaines (salaires, accès à la promotion, pas de préjugés sexistes ).
    Ce qu'il y a de choquant dans le terme mademoiselle, c'est allusion au fait de ne pas être une personne entière, une sorte de femme pas encore aboutie.
    Ton récit est émouvant, comme quoi on juge sur les apparences et on passe parfois très loin du vécu des autres !

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  7. Je souris au mot de Saravati concernant le fait de ne pas être une femme "finie", d'abord un Mademoiselle puis quand on l'aurait mérité un Madame gageant de la maturité, du droit à ...
    Je me rappelle cependant comme j'ai été vexée la première fois qu'on m'a dit Madame, j'avais juste vingt ans et venais de me marier, j'ai pris un sacré coup de vieux ! En effet, j'aimais bien le Mademoiselle que je trouvais prévenant, respectueux, comme un possible de longue liberté, et garant de "non sexuel " comme un "on touche pas à une demoiselle", le Madame, plus mémérisant je trouvais, on me reléguait à un rôle de "dame " , épouse", du coup "non sexuel " non plus et respectueux mais en décalage avec mon âge et mes envies naturelles de vivre "avec mon âge " et j'ose le dire je trouvais ça "plouc" ... Bref, tout ceci n'étant bien sûr qu'impressions ...
    Pour les hommes, forcément pas de problème, puisque Monsieur du début à la fin, quelle injustice alors !

    Oui ton texte est émouvant, c'est vrai qu'on passe à côté ou qu'on extrapole souvent sur la vie des gens, quand on ne sait rien de leur chemin, des douleurs tues, les apparences étant souvent trompeuses, nos jugements trop hâtifs ou à côté de la plaque, et quelle claque quand on s'en rend compte des années après ou trop tard souvent ...

    Et le nom patronymique alors oui, dire qu'on a été obligées de porter un nom d'époux moche quand le nôtre était si beau ! ( sourire, je ne parle pas pour moi nan nan ) à moins d'être "profession libérale" souvent ça ne se faisait pas, je pense qu'on va y venir j'ai cru entendre ... Grâce au débat pour l'égalité des droits des homosexuels ... on avance à petits pas on dirait ! chic deux noms à coller !qu'est-ce qu'on a du retard sur les autres pays quand même oui, qu'est-ce qu'on est ringard en plus !

    _Mad Moiselle ? vous n'y pensez pas
    _ Mad moi sot ? vous n'y pensez pas non plus
    _ Appelez-moi ma d'âme, monde âme, de grâce et de coeur

    Pour vous servir chère Malou !!!

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  8. J'ai lu ton texte émouvant. Parfois, on se fait de fausses idées sur les personnes sans même les connaître. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences. Merci ma chère Malou pour ce très beau texte et je suis heureuse de te relire ;-)
    Belle soirée avec mes bisous!

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  9. Je partage bien ta façon de penser, cette distinction m'a toujours paru ridicule...mais bon, on peut le prendre avec humour aussi...tout dépend aussi la manière dont ces mots là sont dits..mais pourquoi se compliquer la vie : madame ou monsieur, c'est bien suffisant....
    j'aime bien aussi l'illustration
    J'espère que tu vas mieux
    Bonne soirée MAlou

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  10. Le problème a été résolu par la jeunesse :
    désormais on dit : meuf !

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  11. Lorsque l'on écoute les personnes, on découvre souvent des souffrances qu'on n'imaginait pas. Ainsi une vieille demoiselle de mon enfance qui autrefois avait été amoureuse, de façon réciproque, mais n'avait pu se marier parce que sa soeur ainée ne l'était pas encore. Avec les années le monsieur en avait trouvé une autre et elle, elle avait décidé de profiter de sa liberté pour se consacrer aux autres. Une femme qui a été une lumière dans mon enfance !

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Quel plaisir de lire vos commentaires, ces petits cristaux de sel que j'aime à déguster, délicatement posés sur la chair de votre sensibilité, de votre générosité. ! Ici on se dévoile...donc point d'anonymat...au moins un pseudo...merci.

Bretagne réunifiée

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